8ème
CONGRÈS DE LA FÉDÉRATION DES IRISH
WOLFHOUND CLUBS EUROPÉENS (EIWC)
LE TOUQUET, 2 SEPTEMBRE 2006
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OSTEOCHONDROSE
Jean-Pierre GENEVOIS, DVM, PhD, Professeur de Chirurgie
Chef du Département des Animaux de Compagnie
Ecole Nationale Vétérinaire de Lyon
1 Avenue Bourgelat 69280 MARCY L’ETOILE (France)
L’ostéochondrose est une perturbation de l’ossification
endochondrale, rencontrée chez le chien en croissance,
et qui peut concerner le cartilage articulaire (ostéochondrose
articulaire) ou la plaque de croissance (ostéochondrose
non articulaire).
Parmi les ostéochondroses articulaires, les plus fréquentes
concernent, dans un ordre décroissant, la tête
humérale (ostéochondrose de l’épaule
ou scapulo-humérale), le condyle huméral médial
(ostéochondrose du coude), le condyle fémoral
latéral -plus rarement médial- (ostéochondrose
du genou), la lèvre médiale -plus rarement latérale-
du talus (ostéochondrose du jarret).
Les ostéochondroses qui concernent la plaque de croissance
(ostéochondroses non articulaires) sont situées
sur le cartilage de croissance de certains os longs. Le cartilage
de croissance distal de l’ulna est le site le plus touché,
bien que ce problème puisse concerner d’autres
sites anatomiques, tels que le cartilage de croissance distal
de la fibula ou le cartilage de croissance distale du radius.
Dans certains cas, l’ostéochondrose reste infra-clinique
et peut évoluer vers la guérison. Dans d’autres
cas elle aboutit à une manifestation clinique, avec
boiterie du membre concerné. Dans ce cas, on parle
de « ostéochondrite disséquante »
Les ostéochondroses non articulaires entraînent
généralement des déformations de l’avant
bras, plus souvent que des boiteries. Il peut arriver que
ce problème reste infra-clinique et disparaisse spontanément.
I/
OSTEOCHONDROSE EPIPHYSAIRE (OSTEOCHONDROSE ARTICULAIRE)
L’articulation la plus souvent concernée est
celle de l’épaule. Nous utiliserons l’ostéochondrose
scapulo-humérale comme exemple puis nous comparerons
les autres types d’ostéochondrose à celle-ci.
OSTEOCHONDROSE
DE L’EPAULE
Epidémiologie
L’ostéochondrose de l’épaule se
rencontre chez les chiens jeunes (4 à 10 mois), de
grande taille, à croissance rapide (individus pesant
généralement plus de 20kg), bien que l’affection
ait également été décrite de manière
plus rare chez le Beagle et chez le Caniche miniature. Les
mâles sont atteints plus souvent que les femelles (ratio
2/1). L’affection est généralement bilatérale
(27 à 68% en fonction des auteurs), bien que seuls
5% des chiens radiographiquement affectés présentent
une boiterie bilatérale des membres antérieurs.
Pathogénie
La croissance du volume de l’épiphyse chez l’animal
en croissance, s’effectue par l’intermédiaire
d’une ossification endochondrale qui prend place au
sein du cartilage articulaire. La multiplication des cellules
cartilagineuses au sein d’une couche germinative aboutit
à un épaississement progressif du cartilage,
qui s’effectue en direction de la métaphyse.
Ce nouveau cartilage est progressivement remplacé par
du tissu osseux.
De ce fait, la croissance normale des os longs résulte
d’un équilibre précis entre la croissance
cartilagineuse et son remplacement progressif par de l’os.
L’ ostéochondrose (ou chondrodystrophie) est
un défaut de remplacement du cartilage par du tissu
osseux. En conséquence, le cartilage s’épaissit
de manière anormale dans la région où
se situe la perturbation.
Le processus peut être auto-réversible. Dans
ce cas, le phénomène reste infraclinique, bien
qu’il puisse dans certains cas être diagnostiqué
fortuitement à l’occasion d’une radiographie
banale de surveillance.
Dans d’autres cas, l’affection peut déboucher
sur une lésion plus importante, avec formation d’une
fissure dans les portions profondes du cartilage anormalement
épaissi. Cette fissure va progresser en direction de
la surface cartilagineuse et être à l’origine
de la formation d’un volet cartilagineux. Dès
que le cartilage est fissuré, un phénomène
inflammatoire s’installe ainsi que des symptômes
cliniques : l’ostéochondrose s’est transformée
en « ostéochondrite disséquante »
(OCD).
Dans l’OCD de l’épaule, c’est la
zone caudale de la tête humérale qui est concernée.
Le volet cartilagineux peut se détacher complètement,
et former une ou plusieurs « souris » articulaires,
susceptibles de se déplacer à l’intérieur
de l’articulation. Une souris articulaire peut ainsi
se localiser dans le cul de sac caudal de l’articulation,
ou dans la gouttière bicipitale (ce qui peut entraîner
le développement d’une ténosynovite bicipitale
sévère).
En fonction des cas, une souris articulaire peut être
graduellement résorbée (phénomène
extrêmement rare), garder la même taille, augmenter
de taille, ou se minéraliser.
La fissuration du cartilage libère des produits de
dégradation qui ont un effet pro-inflammatoire. Ceci
entraîne le début de signes cliniques, mais c’est
également le point de départ d’un processus
biochimique qui va entraîner le développement
d’une arthrose secondaire.
Etiologie
Elle est vraisemblablement multifactorielle. De nombreuses
hypothèses ont été proposées.
La vitesse de croissance et le gain de poids sont des facteurs
prédisposants majeurs, d’autres facteurs sous-jacents
étant souvent évoqués.
- le fait que le problème concerne essentiellement
les races lourdes, qu’il soit souvent rencontré
à l’intérieur de lignées spécifiques,
est à l’origine d’une très forte
suspicion de prédisposition génétique
du côté parental, la croissance squelettique
étant un facteur contributif. De ce fait, dans de nombreux
pays, on effectue un dépistage radiographique de l’ostéochondrose
de l’épaule, et les chiens atteints sont exclus
des programmes de reproduction.
- facteurs nutritionnels chez les chiots en croissance : une
« hyper-alimentation » globale, c’est-à-dire
l’association d’un excès énergétique,
protéique de calcium, de phosphore et de vitamine D
(HEDHAMMAR et al. 1974), entraîne une augmentation de
l’incidence des OCD quant on la compare à ce
qui se passe chez des chiens recevant une alimentation normale.
Ce n’est cependant pas l’excès d’énergie
(LAVELLE 1989) ni l’excès de protéine
(NAP et al. 1993) dans la ration qui sont concernés.
Le rôle de l’excès de calcium, par contre,
a été démontré comme facteur significatif
(HAZEWINKEL 1985). Le rôle potentiel d’un excès
de phosphore et de vitamines D n’a pas été
démontré.
- L’intervention de facteurs traumatiques est parfois
évoquée. La participation primitive d’un
traumatisme est très peu probable. La zone d’épaississement
cartilagineux représente cependant une zone de plus
grande fragilité, qui peut être plus sensible
aux contraintes mécaniques lors de traumatisme, notamment
dès que la fissuration cartilagineuse a débuté.
Diagnostic
et manifestation clinique
Au plan clinique, les OCD de l’épaule se rencontrent
la plupart du temps chez des animaux âgés de
6 à 8 mois, sous la forme d’une boiterie du (des)
membre(s) antérieur(s), qui apparaît de manière
soudaine ou parfois de manière plus progressive. Dans
certains cas, une amélioration spontanée peut
survenir, pendant une ou quelques semaines, mais la douleur
revient et elle persiste malgré une éventuelle
thérapeutique anti-inflammatoire ou analgésique.
On observe une amyotrophie rapide des muscles de l’épaule.
Les manipulations de l’épaule déclenchent
une douleur vive lors de l’hyperextension, ainsi que,
dans une moindre mesure, lors de l’hyperflexion, ou
lors de la palpation précise de la partie caudale de
l’articulation.
Le diagnostic est basé sur la radiographie, l’incidence
médio-latérale étant la plus utile.
Les deux articulations doivent être radiographiées.
L’aspect typique au plan radiographique d’une
OCD de l’épaule est une altération du
contour osseux caudal de la tête humérale : on
observe une zone de radio-densité diminuée,
qui fait environ 1 à 2cm, et dont le contour est irrégulier.
Dans certains cas, l’os périphérique présente
une minéralisation excessive et une perte de la trabéculation
osseuse.
Il peut arriver que le volet cartilagineux se minéralise,
auquel cas il devient visible sur la radiographie, sous l’aspect
d’une mince ligne radio-opaque en regard de la zone
de déminéralisation.
L’image radiographique ne représente que le défaut
de minéralisation, mais elle amène peut d’information
quant à la nature et la gravité de l’atteinte
cartilagineuse elle-même.
Lorsque l’on suspecte l’existence d’une
simple ostéochondrose, sans ostéochondrite disséquante,
on peut effectuer une arthrographie ou une arthroscopie pour
confirmer la présence ou l’absence de volet cartilagineux.
Traitement
Actuellement le consensus général est que le
seul traitement rationnel d’une ostéochondrite
disséquante est un traitement chirurgical, précédé
éventuellement d’un traitement conservateur (AINS)
mis en place pendant 6 semaines au maximum.
Lorsque les équipements et les compétences sont
disponibles, un traitement par arthroscopie (chirurgie mini-invasive)
peut être utilisé.
Le traitement chirurgical est effectué par l’intermédiaire
d’un abord caudo-latéral limité. Le traumatisme
chirurgical minimum causé par cet abord permet une
bonne récupération post-opératoire, dans
des délais très brefs. Le volet cartilagineux
doit être éliminé ainsi que la totalité
du cartilage anormal situé autour de la lésion.
Un rinçage soigneux, prolongé et sous pression
de la cavité articulaire permet d’éliminer
tous les débris cartilagineux. Il faut, en particulier,
rechercher ces derniers dans le cul de sac caudal de l’articulation.
Lorsqu’une souris articulaire est située dans
la coulisse bicipitale, un abord cranial doit être effectué
pour l’enlever.
Généralement le membre opéré n’est
pas immobilisé. On prescrit une activité limitée
(confinement à la maison, promenade en laisse) pendant
4 à 6 semaines.
La plupart du temps les résultats de cette thérapeutique
sont excellents, en particulier si le traitement a été
effectué de manière précoce. Dans quelques
rares cas (la plupart du temps lors de lésions cartilagineuses
extrêmement volumineuses), il peut arriver que 6 mois
soient nécessaires avant que l’animal retrouve
une démarche parfaitement normale.
Quelques animaux, qui sont la plupart du temps hyper-actifs,
risquent de développer un sérome. Dans la quasi-totalité
des cas, ces derniers guérissent spontanément
(nous ne drainons ni ne vidangeons aucun d’entres eux,
même les plus volumineux).
En cas d’intervention chirurgicale tardive ou de mise
en place d’un traitement conservateur à long
terme, une synovite chronique va s’installer et elle
va entraîner le développement d’un phénomène
arthrosique. Cependant l’ostéochondrite disséquante
de l’épaule est, parmi toutes les ostéochondrites,
celle dont le pronostic est le plus favorable, c’est
la moins prédisposée au développement
d’une arthrose secondaire.
AUTRES
TYPES D’OSTEOCHONDROSE EPIPHYSAIRE
La pathogénie, l’étiologie et le traitement
de ces affections sont très proches de celles qui viennent
d’être évoquées dans le cas de l’
ostéochondrose disséquante de l’épaule.
OSTEOCHONDRITE
DISSEQUANTE DU COUDE
Cette affection fait partie de la dysplasie du coude. Il a
été prouvé par GUTHRIE et PIDDUCK (1990,
1991), et par PADGET et al. (1995) que l’affection est
d’origine génétique et relève d’une
hérédité quantitative, multifactorielle.
Certains chiens ne boitent pas, mais le plus souvent les animaux
atteints manifestent une boiterie unilatérale ou bi-latérale
d’un membre antérieur, qui apparaît généralement
entre 4 et 8 mois. Avec le temps, et en particulier si on
ne met pas en œuvre un traitement chirurgical précoce,
une arthrose du coude va s’installer. Le pronostic général
d’une ostéochondrite disséquante du coude
est relativement réservé au plan fonctionnel.
OSTEOCHONDRITE DISSEQUANTE DU GENOU
La plupart des chiens atteints sont des chiens de grande taille,
parmi lesquels l’Irish Wolfhound, le Berger Allemand,
le Dogue Allemand. Au plan clinique, le chien manifeste une
boiterie unilatérale ou bi-latérale des membres
postérieurs. L’âge d’apparition se
situe entre 3 et 9 mois. Chez les animaux qui sont affectés
de façon bilatérale, on peut penser à
tort que l’animal souffre d’une dysplasie de la
hanche. Les deux affections sont parfois associées,
en particulier chez le Berger Allemand. Chez l’Irish
Wolfhound et chez le Dogue Allemand, la plupart du temps,
il s’agit d’un problème isolé de
genou. Le développement d’une arthrose est vraisemblable
chez les chiens atteints, mais lorsque l’on traite ces
animaux précocement, avant que l’arthrose ne
soit déjà installée, le pronostic est
relativement bon.
OSTEOCHONDRITE
DISSEQUANTE DU JARRET (Ostéochondrite disséquante
du tarse)
Cette affection est plus complexe, en raison d’une détection
généralement tardive, et d’un développement
déjà effectif d’une arthrose au moment
du diagnostic. L’approche chirurgicale du jarret est
par ailleurs plus complexe que celle de l’épaule,
du genou ou même de l’articulation du coude. Si
le traitement chirurgical survient suffisamment tôt,
et que l’arthrose est peu avancée, le pronostic
est souvent meilleur. Cependant, sur un plan général,
le pronostic de ce type d’ostéochondrite et relativement
réservé au plan fonctionnel.
L’affection est relativement rare, elle est surtout
rencontrée chez le Labrador Retriever et le Rottweiler.
On pense que l’ostéochondrite du talus est vraisemblablement
d’origine génétique (on trouve des lignées
affectées, certains mâles sont à l’origine
de nombreux descendants atteints). Il est donc recommandé
d’éviter d’utiliser des animaux atteints
lors des programmes de reproduction.
II/
OSTEOCHONDROSE DE LA PLAQUE DE CROISSANCE
(OSTEOCHONDROSE NON ARTICULAIRE)
L’affection la plus fréquente est la «
rétention » du cartilage de croissance distal
de l’ulna. Ce sont les chiens de race géante
qui sont le plus souvent touchés. La lésion
est uni ou bilatérale. Elle se traduit au plan radiographique
par un élargissement de l’image normale du cartilage
de croissance, qui prend la forme d’un cône radiotransparent
(on parle de « rétention cartilagineuse »),
ce dernier a un sommet qui s’étend proximalement
vers la métaphyse ulnaire.
La pathogénie est semblable à celle que nous
avons décrite dans l’ostéochondrose épiphysaire,
sauf qu’aucune zone de nécrose ne se développe
(pas de formation de volet cartilagineux). Ces affections
restent le plus souvent intra-cliniques, dans la mesure où
la partie efficace du cartilage de croissance reste suffisamment
importante pour permettre la poursuite de la croissance en
longueur de l’ulna. Cependant, chez certains chiens,
la croissance ulnaire peut être ralentie et des signes
cliniques (courbure cranio-latérale du radius, déviation
latérale de la main) sont alors rencontrés entre
4 et 8 mois. Le carpe et le coude peuvent être concernés
secondairement (sub-luxation, développement d’un
phénomène arthrosique), une boiterie s’installe
alors généralement. L’héritabilité
de ce type de phnénomène n’a pas été
parfaitement étudiée. On pense cependant que
l’affection relève d’une participation
héréditaire dans la mesure où elle se
rencontre plus particulièrement dans certaines races
et dans certaines lignées familiales.
Lorsqu’on peut intervenir précocement, la réalisation
d’une ostectomie ulnaire partielle permet au radius
de poursuivre une croissance normale. Le pronostic est généralement
satisfaisant lorsque la déformation de l’avant-bras
est minimale, et que le coude n’est pas touché.
En cas de déformation sévère, le traitement
chirurgical est difficile à réaliser. Il doit
prendre en compte les problèmes de rotation axiale,
de courbure du radius, de raccourcissement du membre, de modification
de parallélisme des interlignes articulaires du coude
et du carpe.Le pronostic dépend alors très largement
de la sévérité des déformations
lors de la première consultation, ainsi que de l’expérience
du chirurgien.
(R.A.L.I.E.
n° 108, été 2003) |