| S’il
existe une pathologie d’actualité dans le monde
de l’élevage canin, c’est bien l'Herpès
virose. Il n’y a pas un magazine professionnel vétérinaire
qui n’ait traité le sujet dans les derniers mois.
Cet engouement subit pour un virus qui n’est finalement
pas nouveau puisqu’il fut isolé pour la première
fois en 1964 est le lancement récent sur le marché
d’un vaccin dirigé contre ce virus par un laboratoire
français.
De plus, jusqu’à ces dernières années,
le diagnostic de cette maladie posait quelques problèmes
et il s’agissait le plus souvent d’un diagnostic
clinique, c’est à dire reposant sur l’observation
de symptômes évocateurs, donc pas toujours très
rigoureux. Le seul examen de laboratoire disponible était
la sérologie (dosage des anticorps dans le sang) mais
cela était difficilement interprétable. Or,
depuis quelques années, une nouvelle technique a vu
le jour, la PCR, qui permet de mettre en évidence directement
le virus présent dans les tissus et qui constitue une
aide considérable pour le praticien.
Il faut bien comprendre que c’est une maladie d’élevage
qui ne concerne presque exclusivement que les chiens qui vivent
en collectivité. La prévalence de ce virus dans
le cheptel français de chiens d’élevage
varie suivant les études de 15 à 30%. C’est
donc un virus largement répandu et peut-être
même plus que les enquêtes ne le laissent croire
car il existe de nombreux porteurs latents, c’est à
dire des chiens porteurs du virus mais non dépistés
par un examen de laboratoire. Une enquête menée
en Grande-Bretagne en 1998 a révélé plus
de 70% de chiens positifs et une autre aux Pays-Bas en 1997
a donné un résultat supérieur à
40%.
L’Herpès virus est un virus presque anodin et
en tous cas jamais dangereux pour le chien adulte qui, même
infecté, ne présente que des signes discrets
voire rien du tout . Par contre, c’est un virus qui
peut se révéler redoutable pour la chienne gestante,
les foetus et les chiots nouveaux-nés puisqu’il
entraîne avortements, résorptions embryonnaires,
mortalités néonatales et infertilité.
Les conséquences pour les élevages touchés
peuvent être dramatiques sur le plan économique
et traumatisantes sur le plan psychique. En effet, l’absence
de traitement efficace contraint l’éleveur à
assister impuissant à la mort de la quasi-totalité
des chiots âgés de quelques jours seulement.
Ces derniers cessent de téter, présentent des
douleurs abdominales importantes, de la diarrhée et
parfois des signes neurologiques. La mort survient rapidement.
La mère quant à elle ne présente aucun
signe de maladie. Dans d’autres cas, l’infection
intervient plus précocement et provoque soit une résorption
embryonnaire très discrète sur le plan de la
symptomatologie ou un véritable avortement avec des
pertes vaginales importantes.
Les adultes contaminés peuvent présenter des
lésions génitales sur la vulve et sur le gland
plus ou moins discrètes et fugaces, donc rarement observées
en pratique. Une forme respiratoire de la maladie peut également
se rencontrer chez les chiots plus âgés ou les
adultes qui ressemble à la toux de chenil.
L’Herpès
virus est un virus fragile qui ne survit que quelques minutes
dans le milieu extérieur et est détruit par
les désinfectants classiques. C’est un virus
qui n’aime pas la chaleur et ne réplique qu’à
des températures de 35 ou 36° C. Il présente
donc un tropisme particulier pour les muqueuses « froides
» de l’animal, c’est à dire les muqueuses
génitales, respiratoires et oculaires. C’est
également la raison pour laquelle il se développe
particulièrement bien chez le chiot nouveau-né
dont la température corporelle est relativement basse
dans les premières semaines et dont le système
immunitaire est encore immature.
Les modes de contagion du virus sont la voie oro-nasale, la
voie transplacentaire et la voie vénérienne.
La contamination nécessite donc un contact plus ou
moins étroit entre deux animaux. A noter cependant
que la semence du mâle peut véhiculer le virus.
L’insémination artificielle ne protège
donc pas la femelle d’une contamination par un mâle
infecté, par contre elle évite à un étalon
sain d’être contaminé par une femelle porteuse.
Côté
traitement, c’est plutôt décevant. Les
traitements antiviraux destinés aux humains semblent
très aléatoires. Le réchauffement des
chiots à 39°C inhibe la réplication virale
et peut, dans certain cas, sauver une partie de la portée.
La
prophylaxie revêt donc un rôle prépondérant.
On peut se garantir à l’aide du statut sérologique
des animaux que l’on désire faire reproduire
et l’exiger des éleveurs avec lesquels on souhaite
travailler mais, l’existence de porteurs latents non
décelables rend cette méthode peu sûre.
La recherche du virus par PCR dans les tissus des organes
sexuels récoltés à l’aide d’une
cyto-brosse est déjà plus performante mais également
coûteuse, d’autant plus qu’il faut renouveler
cet examen régulièrement au cours de la vie
de l’animal.
La vaccination paraît donc le système de protection
le mieux adapté. En vaccinant la mère pendant
la gestation, on protège les chiots à l’aide
des anticorps maternels qu’ils vont ingérer dans
le colostrum. La vaccination ne protège donc pas la
mère mais les chiots et c’est l’essentiel
puisque le virus n’est véritablement dangereux
pour le chien que dans ses premières semaines de vie.
Par contre la vaccination doit être renouvelée
à chaque gestation. Il faut effectuer deux injections
: la première se fait entre le premier jour des chaleurs
jusque 10 jours après la saillie et le rappel est injecté
une à deux semaines avant la mise bas. Ce vaccin présente
bien évidemment une totale innocuité pour la
mère et pour les chiots.
Les
éleveurs qui ont vécu la perte d’une portée
atteinte d’Herpès virus sont déjà
convaincus de la nécessité de vacciner. Pour
les autres, je ne saurais que vous conseiller de faire de
même. Vous vaccinez chaque année vos chiens contre
la maladie de Carré alors que, pour la plupart d’entre
vous et grâce justement à la vaccination, vous
n’avez heureusement jamais connu de près cette
maladie. Alors pour l’Herpès virose, faites de
même ; n’attendez pas une catastrophe pour bénéficier
des progrès de la médecine.
(R.A.L.I.E.
n° 108, été 2003)
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